Enjeux électoraux | Santé | Un manque de soins régionalisés
Enjeux électoraux | Santé | Un manque de soins régionalisés
En vue des élections et de bien comprendre les enjeux de la région, VIA 90.5 s’est penché sur quatre thèmes importants : l’éducation (29 août), la santé, le transport (12 septembre) et l’agriculture (19 septembre).
Voici une partie du dossier sur la santé.
Des syndicats du domaine de la santé continuent d’avoir des craintes que les besoins de la Rive-Sud ne soient pas réellement pris en compte à travers toute la bureaucratie gérée par les grands centres urbains.
Pour le président du Syndicat du personnel de bureau, des techniciens et professionnels de l’administration du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux Mauricie – Centre-du-Québec (SPBTPA CIUSSS MCQ), Frédérick Beaulieu, il reste en effet de l’incertitude quant à l’impact de l’implantation progressive de Santé Québec.
Il a estimé que le CIUSSS MCQ, maintenant remplacé par Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire, « était déjà trop gros, déjà dur à gérer ».
M. Beaulieu a affirmé qu’une autre vague de fusions, cette fois-ci sous la forme de Santé Québec, serait « le clou dans le cercueil ».
En fonction depuis le 1er décembre 2024, Santé Québec est maintenant l’unique employeur du réseau de la santé et des services sociaux de la province.
Ce changement permettrait « d’uniformiser les processus, de clarifier les responsabilités et d’améliorer la coordination entre les niveaux de gestion », peut-on lire sur le site Web de la société d’État.
La représentante nationale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (APTS MCQ), Véronique Neth, a décrit Santé Québec comme étant une méga-entité.
« On a parfois l’impression que les décisions sont loin et qu’on est loin des solutions qui sont amenées par les gens qui sont sur le terrain », a-t-elle ajouté.
La présidente du Syndicat du personnel en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (SPSMCQ-FIQ), Patricia Mailhot, a rejoint ses collègues du milieu syndical sur ce point.
Elle a dit craindre que la gestion du personnel puisse se faire par des gestionnaires d’autres régions.
« Maintenant, les dirigeants seront tous sous Santé Québec, donc ça se peut que quelqu’un de Mauricie–Centre-du-Québec puissent venir prêter main-forte en Estrie ou vice-versa. […] Imaginez : vous êtes déjà en invalidité, vous devez remplir tous vos papiers, aller voir votre médecin et ça pourrait être quelqu’un que vous n’avez jamais vu, de l’Estrie, qui gère votre dossier », a-t-elle avancé.
Santé Québec a confirmé que le suivi administratif du dossier d’un employé par quelqu’un d’une autre région était une possibilité en cours d’évaluation. Il n’y aurait cependant aucun impact sur « l’accompagnement de proximité offert à l’employé », a assuré Santé Québec, ajoutant que « les gestionnaires et les intervenants locaux continueront d’assurer le lien direct avec l’employé et son milieu de travail ».
Concernant les craintes d’une perte de proximité, Santé Québec a répondu par courriel que l’objectif de la société d’État « est de soutenir davantage le terrain, pas de nous s’y substituer ».
La création de Santé Québec « ne signifie pas que toutes les décisions sont prises au siège social et plusieurs responsabilités demeurent exercées dans les établissements locaux », a-t-elle poursuivi.
L’organisation a aussi souligné que son existence permettrait l’accès à des « expertises spécialisées qui ne sont pas toujours disponibles localement ».
Les syndicats craignent un exode
Santé Québec souligne sur son site Web que son rôle d’employeur unique facilite « la mobilité volontaire du personnel d’un établissement à un autre ».
Mais d’après Mme Mailhot, cela pourrait avoir des impacts négatifs sur les régions.
« C’est difficile pour les petits centres, comme ceux dans la MRC de Bécancour et celle de Nicolet-Yamaska. Quand il y a eu la création des CIUSSS, on a vu un exode vers les plus gros centres, vers Trois-Rivières, Shawinigan ou Drummondville », a-t-elle rappelé.
Elle fait référence à la réforme Barrette de 2015, lors de laquelle les CIUSSS ont succédé aux Centres de santé et de services sociaux (CSSS).
« Plus on grossit, plus ça devient précaire pour les petits endroits », a résumé Mme Mailhot.
M. Beaulieu partage ces préoccupations.
« Imaginez ce processus-là si Santé Québec fait la même chose », a-t-il lancé.
Santé Québec a dit reconnaître les enjeux de recrutement et de rétention dans certaines régions de la province.
« Le statut d’employeur unique vise notamment à faciliter la mobilité et le partage des expertises dans le réseau, lorsque cela permet de mieux répondre aux besoins de la population, sans fragiliser les régions qui font déjà face à des défis de recrutement », a soutenu l’organisation.
Le Dossier de santé numérique ne fait pas l’unanimité
En plus de l’arrivée de Santé Québec, le personnel du réseau de la santé doit s’adapter à un autre changement important, soit celui de l’implantation du Dossier de santé numérique (DSN).
Au lieu d’avoir potentiellement un dossier pour chaque hôpital ou installation que l’on visite, le DSN permet de regrouper toutes les informations d’un patient en un seul endroit.
Depuis le 9 mai, il est en train d’être testé dans deux établissements de Santé Québec, ceux de Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et du Nord-de-l’Île-de-Montréal.
Les représentants des syndicats interviewés par VIA 90.5 ont présenté un bilan mitigé des premiers mois du DSN.
« Il y a des endroits où ça va faciliter le travail, ça va éliminer les tâches. Il y a des endroits où ça va super bien, même que les délais se sont améliorés », a affirmé M. Beaulieu.
Mais ce n’est pas le cas dans les centres de prélèvement, selon le président du SPBTPA CIUSSS MCQ.
« Les délais sont extrêmement longs. Pour inscrire les usagers, le système n’est pas très convivial, il n’est pas rapide ».
Mme Mailhot, du SPSMCQ-FIQ, a rapporté que l’adaptation au nouveau système avait été difficile.
Quelques mois après le déploiement, « ça va mieux », mais les membres du personnel sont encore en train de s’y habituer.
Selon Mme Mailhot, ils ont eu deux ou trois jours de formation, ce qui était suffisant, mais elle aurait voulu qu’ils aient plus de temps pour pouvoir pratiquer par la suite.
À l’APTS MCQ, Mme Neth a admis qu’il y avait des « bénéfices » au DSN. Cependant, elle a aussi parlé d’une « surcharge administrative pour plusieurs ».
Il y aurait une certaine lourdeur au système qui peut parfois rendre des tâches autrement simples beaucoup plus complexes.
« Pour vous donner un exemple, il y a un formulaire d’évaluation auprès de la clientèle en perte d’autonomie qui, auparavant, pouvait prendre à mes intervenants une moyenne d’une heure à remplir. Présentement, j’ai des intervenants qui m’ont dit : « Ça m’a pris une journée le remplir au lieu d’une heure » », a illustré Mme Neth.
Par courriel, Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire a affirmé que le DSN permet d’avoir un accès plus rapide à l’information clinique, améliore l’exactitude et réduit les délais.
Elle a dit reconnaître que « certains secteurs ont encore des défis pour lesquels l’organisation déploie plusieurs efforts pour trouver des solutions durables ».
M. Beaulieu a soulevé d’autres enjeux. Le DSN est muni d’un « baromètre de performance » qui pousse les membres du personnel à « couper les coins ronds », selon lui.
Cela aurait mené à une augmentation des rencontres disciplinaires.
« Il y a des travailleurs qui peuvent être sur leur poste depuis 10 à 15 ans, ça va bien, tout allait bien. Puis là on a un changement technologique majeur qui arrive, ils ont de la difficulté à s’adapter, ils se font challenger ».
Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire a affirmé que le DSN « n’est pas un outil disciplinaire et n’intègre pas de « baromètre de performance » visant à évaluer la compétence individuelle des employés ».
Elle a précisé que « les informations recueillies permettent aussi aux gestionnaires de suivre les opérations et d’améliorer les pratiques de façon continue ».
D’après M. Beaulieu, le DSN permettrait aux employés d’avoir accès à plus d’information confidentielle qu’avant.
« Malheureusement, il y a toujours l’effet curiosité. Il y a des gens qui vont aller voir leur propre dossier, parce que c’est plus rapide que d’attendre les résultats, ou aller fouiner dans le dossier des proches ou des collègues. Ça fait que des rencontres disciplinaires pour bris de confidentialité, on en voit de plus en plus. »
Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire a répondu que « le DSN ne donne pas automatiquement accès à davantage d’information qu’auparavant. Il permet plutôt un accès plus structuré et traçable aux renseignements requis dans l’exercice des fonctions ».
Surcharge de travail
Les enjeux en lien avec le DSN viennent s’ajouter à une surcharge de travail déjà existante, d’après le milieu syndical.
Mme Neth a soutenu que les conditions de travail au sein du système de santé de la région ne sont « pas faciles » et que le personnel « est quand même épuisé ».
L’APTS MCQ a donc réclamé plus d’investissement de la part du gouvernement québécois, entre autres pour le recrutement. Aux dires de Mme Neth, ce n’est pas rare qu’une personne qui s’absente du travail ne soit pas remplacée, augmentant ainsi la charge de travail pour les autres employés.
Cette pratique a aussi été observée par le SPSMCQ-FIQ. Le non-remplacement serait vu par le système de santé comme étant une meilleure alternative au temps supplémentaire obligatoire, a expliqué Mme Mailhot.
Le syndicat propose quant à lui l’idée de ratio : une infirmière aurait donc un nombre maximal de patients à sa charge.
Du côté du SPBTPA CIUSSS MCQ, M. Beaulieu a décrit la méthode de gestion du réseau de santé comme étant celle d’une usine. Il a exprimé le souhait que « le CIUSSS […] se rappelle qu’on soigne des humains ».
Mme Mailhot, elle, a mis l’accent sur l’importance de protéger le système de santé public. « On a un beau système public, mais il faut en prendre soin », a-t-elle résumé.
Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire a admis qu’elle faisait face à des « défis de main-d’œuvre qui peuvent parfois avoir un impact sur l’organisation du travail ».
Elle a ajouté que « l’organisation déploie des efforts continus afin de pourvoir les remplacements nécessaires lors des absences, en tenant compte des ressources disponibles et des besoins de la clientèle ».
Concernant l’idée des ratios, l’organisation a indiqué que « la question […] fait l’objet de travaux à l’échelle provinciale ».
Plusieurs citoyens se disent satisfaits
VIA 90.5 a parlé de l’accès aux soins de santé à une douzaine de citoyens de la région. La plupart étaient généralement satisfaits.
Rachel Bluteau a soutenu qu’elle n’avait pas besoin de se déplacer à l’extérieur de la région pour ses besoins médicaux, citant notamment la proximité du CMSSS Christ-Roi.
« On a pas mal tout dans le coin », a-t-elle affirmé.
Nicole Milot et Pierre-André Julien habitent, eux, dans une résidence pour aînés. Les soins médicaux dont ils ont besoin sont fournis par l’établissement.
Julie Houle a un médecin de famille à Bécancour, donc n’a pas habituellement de difficultés quant à l’accès aux soins. Cependant, elle a récemment choisi de se déplacer à Trois-Rivières pour un besoin urgent, puisque le délai d’attente à sa clinique médicale était trop long.
D’autres citoyens ont affirmé qu’ils étaient en bonne santé et qu’ils n’avaient pas besoin de voir de professionnels de la santé.
C’était le cas de Daniel Lavigne. Il a toutefois aussi raconté qu’il y a quelques années, l’urgence de Christ-Roi l’avait transféré à Trois-Rivières pour un enjeu de santé plus urgent.
Yannick Doucet-Houle et Maxim Collins ont tous les deux affirmé quant à eux qu’il n’y avait pas assez d’accès aux soins médicaux dans la région. Questionnés sur comment ils s’y prennent lorsqu’ils doivent consulter un professionnel de la santé, M. Doucet-Houle a lancé : « Je n’y vais pas ! ».
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Un texte de Jasper Bleho-Levacher – Initiative de journalisme local, VIA 90.5 FM