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Agriculture | Il faut faire attention à la qualité de notre sol

Agriculture | Il faut faire attention à la qualité de notre sol

11 janvier 2026 à 8:46

La qualité des sols agricoles ne cesse de se détériorer au Québec, mais notre région est loin d’être la pire

Quand on parle de la qualité de la terre en agriculture, on doit se situer au niveau du sol, donc à la santé de la terre qui se lie avec l’air et l’eau, tous deux propices à la création du vivant, donc un substrat qui peut contenir des racines. Une terre trop compacte nuit à l’expansion des racines et donne, donc, une production moins importante.

Quand on se compare, on se console

Si la densité des sols (aussi appelée compactage) se présente partout au Québec, la région Nicolet-Yamaska et de Bécancour s’en sort quand même un peu mieux que les régions limitrophes de Montréal où la pratique de grandes cultures, moins diversifiées, augmente le compactage de la terre.

Définition : La compaction du sol signifie que la densité du sol augmente lorsqu’il est comprimé. En d’autres termes, le sol devient plus dur et chaque litre de terre pèse davantage lorsque les pores sont comprimés.

Yanick Beauchemin, agronome chez Club Yamasol, précise en quoi les terres de notre région sont moins impactées par ce phénomène : « Ici, au Centre-du-Québec, on a encore du bétail sur nos terres, ce qui fait qu’on a moins de compaction. » On comprend, par là, que la présence d’animaux sur les terres préserve de la machinerie lourde et nourrit le sol de leurs déjections.

Pour lui, les trois principaux problèmes qui mènent au compactage des sols sont la disparition du bétail sur les terres, une machinerie toujours plus lourde et le manque d’alternance des cultivars (variété des plantes).

Ce compactage généralisé nuit à l’aération et affecte directement la respiration des racines et des microbes, menaçant ainsi le cycle de l’azote. Une autre façon de mesurer la qualité d’une terre arable, c’est la présence de lombrics. ​Leur rôle est souvent comparé à celui d’ingénieurs de l’écosystème en raison des nombreux bénéfices qu’ils apportent au sol. En creusant leurs galeries (macropores), les vers de terre créent des canaux stables qui facilitent l’infiltration de l’eau de pluie et l’aération du sol. Cela réduit le ruissellement en surface et aide à décompacter le sol.Leurs principaux ennemis sont les pesticides qui déciment les vers et réduisent ainsi l’apport d’air et d’eau.

Le problème s’aggrave avec le temps

Les terres agricoles il y quelques décennies étaient beaucoup plus aérées, en raison de la présence de bétail, de moins de monocultures et d’une machinerie plus légère.

Si on regarde depuis 50 ans, la compaction, il n’y en avait pas beaucoup parce qu’on avait des pâturages , on avait des changements de cultures et les tracteurs étaient beaucoup plus légers qu’aujourd’hui.

Les coûts de l’inaction

Le professeur du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et du département des sols et de génie agroalimentaire de l’université Laval, Jean Caron, pose un diagnostic similaire en indiquant des chiffres : «La dégradation physique des terres agricoles québécoises entraîne des pertes financières directes pour les producteurs. Ce n’est plus seulement un enjeu environnemental, mais une menace pour la viabilité des entreprises: on note une baisse de rendement : la dégradation cause une perte de productivité annuelle de 1 à 2 %. Ça engendre des surcoûts d’exploitation, pour compenser la mauvaise qualité des terres, les agriculteurs doivent augmenter leurs dépenses en engrais azotés et en énergie. Si rien ne change, la baisse de rentabilité pourrait menacer la survie des producteurs de grains d’ici 10 à 15 ans. »

Yanick Beauchemin, un agriculteur de Nicolet qui voit loin

Yanick Beauchemin n’est pas seulement agronome pour le Club Yamasol, il est aussi propriétaire de la Ferme Roger Beauchemin à Sainte-Monique dans le comté de Nicolet. Son exploitation compte 190 ha dont 45 ha en fourrage, un cheptel de 70 vaches holstein, mais qui est aussi un peu un laboratoire.

Il ne s’en cache pas, Yanick Beauchemin se projette dans le futur, sachant que, dans cette tendance de compaction des sols, pour la génération suivante, les problèmes peuvent s’aggraver.

Selon lui, il est préférable de donner une pause à la terre pour lui rendre son potentiel : «Quand on arrive avec une rotation, on fait trois cultures, pas juste le doublé, maïs-soya, mais un rajout de céréales d’automne, du blé, par exemple, et là je crois qu’on peut gagner en productivité. Chez certains agriculteurs que je conseille et comme sur mes terres, c’est une démarche qui va dans le sens de l’agriculture durable. »

Le professeur Jean Caron souligne que le problème est réversible, qu’il existe des solutions connues, mais sous-utilisées : «Les causes sont bien identifiées : baisse de matière organique, équipements surdimensionnés, absence de cultures à enracinement profond, retour aux rotations culturales, dont le fourrage, l’apport accru de matière organique, réimplantation de bosquets et réduction de la taille des équipements. »

Un texte d’Eddy Verbeeck– Initiative de journalisme local, VIA 90.5 FM

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