Enjeux électoraux | Agriculture | Les agriculteurs demandent de l’aide. Et vite
Enjeux électoraux | Agriculture | Les agriculteurs demandent de l’aide. Et vite
En vue des élections et de bien comprendre les enjeux de la région, VIA 90.5 s’est penché sur quatre thèmes importants : l’éducation (29 août), la santé (5 septembre), le transport (12 septembre) et l’agriculture.
Voici une partie du dossier sur l’agriculture.
La Fédération de l’union des producteurs agricoles (UPA) du Centre-du-Québec a revendiqué que le montant dédié à l’agriculture soit doublé dans le prochain budget provincial.
Dans celui de 2026-2027, dévoilé le 18 mars, environ 1,5 G$ sont inscrits aux dépenses de portefeuille prévues du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Ce montant représente un peu moins de 1 % des dépenses totales anticipées, qui sont d’environ 160 G$.
La présidente de l’UPA du Centre-du-Québec, Julie Bissonnette, est d’avis que les agriculteurs des MRC de Bécancour et de Nicolet-Yamaska ont besoin de plus de soutien.
« Il faut comprendre qu’on doit investir 8 $ en moyenne dans l’entreprise pour avoir 1 $ de revenus. C’est énorme versus d’autres milieux. La dette augmente de plus en plus, tandis que le revenu agricole net chute », a affirmé Mme Bissonnette.
L’UPA du Centre-du-Québec, dont plusieurs agriculteurs sont dans la MRC de Bécancour et celle de Nicolet-Yamaska, réclame notamment une mise à jour de l’assurance récolte dans le contexte des changements climatiques.
Mme Bissonnette a expliqué que les conditions météorologiques sont plus extrêmes qu’auparavant.
« Il faut que l’assurance récolte soit mieux adaptée à nos réalités », a-t-elle soutenu.
Aux imprévus de Dame Nature s’ajoutent également des coûts liés à d’autres facteurs, notamment aux guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, qui ont une incidence sur le prix du diesel et des engrais.
Il manque de relève
La relève agricole sera un enjeu grandissant dans les années à venir, puisque le vieillissement de la population au Québec signifie également qu’il y aura de plus en plus de cédants.
Or, cette relève a souvent de la difficulté à s’établir.
Selon la présidente de l’UPA du Centre-du-Québec, le problème n’est pas que les nouvelles générations ne s’intéressent pas à l’agriculture, mais plutôt que le coût est trop élevé.
« C’est sur le plan de l’accès aux actifs : les terres, la machinerie. Tout coûte un prix fou », a déploré Mme Bissonnette.
La propriétaire de la ferme Fortbel à Fortierville, Sabrina Habel, fait partie de cette relève. Elle a fait l’acquisition de sa ferme laitière en 2022.
Maintenant âgée de 28 ans, elle adore son métier, lançant qu’elle ne le changerait pas « pour rien au monde ».
L’agricultrice a cependant noté que, souvent, les cédants veulent vendre leurs entreprises à des prix irréalistes pour les nouveaux agriculteurs.
« Ce n’est pas facile de commencer et d’avoir une grosse dette en partant », a-t-elle illustré.
Mme Habel, elle, a été chanceuse en achetant sa ferme, puisque l’ancien propriétaire la lui a vendue à un prix raisonnable.
« Il a perdu un peu d’argent, mais au moins la ferme a continué », a-t-elle expliqué.
La solution à la problématique serait peut-être donc plus de compromis de ce genre, selon elle, mais aussi que le financement gouvernemental soit plus facile d’accès.
C’est d’ailleurs ce que l’UPA du Centre-du-Québec réclame, Mme Bissonnette soutenant qu’il faut des programmes pour aider la relève à acquérir des entreprises agricoles.
Une détresse psychologique importante
Selon Mme Bissonnette, le stress financier que vivent les agriculteurs peut avoir des conséquences bien graves, puisque c’est un des facteurs affectant leur santé mentale.
Le site Web de l’UPA du Centre-du-Québec mentionne que 35 % des producteurs agricoles présentent des symptômes dépressifs.
Il y a d’autres caractéristiques du métier qui peuvent également expliquer ce chiffre. La présidente de l’organisation syndicale a mentionné, entre autres, l’imprévisibilité de la météo et le fait que le travail d’agriculteur est sans repos.
« C’est plus qu’un métier, c’est un mode de vie », a-t-elle lancé.
Mme Habel a elle aussi nommé le travail constant comme exemple de pression contribuant à une mauvaise santé mentale chez les agriculteurs.
Puis, il y a l’isolement.
« Tu ne parles pas souvent à du monde. Il y a des intervenants qui viennent à la ferme, mais le reste du temps, tu es tout le temps enfermé chez toi à travailler », a-t-elle confié.
Les intervenants auxquels Mme Habel a fait référence sont les travailleurs de rang, dont le rôle est notamment de briser cet isolement.
L’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA) offre ce service. Ils ont près de 20 intervenants dans la province, dont une personne à temps plein et une à temps partiel dans le Centre-du-Québec.
La directrice générale d’ACFA, Marie-Louise Lemire, a décrit le rôle des travailleurs de rang comme étant de l’intervention psychosociale de première ligne.
« Quand on prend un producteur en suivi, on va établir un peu c’est quoi ses besoins. […] Par exemple, s’il a des problèmes de communication avec sa conjointe, des problèmes financiers ou du stress […], on va établir un peu des objectifs. On va l’accompagner à travers les suivis. Ce qui est le fun chez ACFA, c’est qu’il n’y a pas de limite. Ce n’est pas douze rencontres d’une heure, puis après ça, on ferme. On va s’adapter à la réalité du producteur ».
ACFA opère aussi une maison de répit au cas où le travailleur de rang considère que l’agriculteur a besoin de prendre une pause de son travail.
En 2025, l’organisme a accompagné 107 personnes dans le Centre-du-Québec, selon Mme Lemire. Cela représente 470 interventions et un peu plus de 1 600 heures de travail.
La DG d’ACFA a dit remarquer une complexification des demandes d’aide au sein du milieu agricole de la région.
« Le meilleur exemple que je peux donner, c’est qu’à l’origine, l’organisme exigeait la formation sur l’évaluation du risque suicidaire. Maintenant, on a exigé la formation sur le risque homicidaire, parce que c’est un enjeu auquel on a été confrontés dans les dernières années », a-t-elle fait savoir.
Nicolet-Yamaska, un territoire à potentiel éolien
Mme Bissonnette a rappelé que les terres agricoles cultivées représentent moins de 2 % du territoire québécois.
C’est pourquoi la seconde revendication de son organisation est que le prochain gouvernement doit s’engager à protéger ces terres.
En avril, Hydro-Québec a lancé un nouvel appel d’offres pour des projets éoliens dans la province, visant une mise en service entre 2031 et 2038.
La MRC de Nicolet-Yamaska est l’une des régions qui pourraient les accueillir, vu qu’Hydro-Québec opère un poste à Sainte-Eulalie.
Dans son communiqué de presse, la société d’État a mis l’accent sur l’importance de l’acceptabilité sociale et la protection des milieux agricoles.
Elle a d’ailleurs conclu une entente de principe avec l’UPA, s’engageant, entre autres, à « favoriser des implantations limitant l’utilisation des sols de plus grande qualité ».
À l’UPA du Centre-du-Québec, Mme Bissonnette a précisé que son organisation est contre l’implantation d’éoliennes notamment sur les terres agricoles dites « dynamiques ».
Pour le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, une zone agricole dynamique aurait, entre autres, beaucoup de fermes de grande taille.
« On y trouve également de vastes étendues cultivées au faible relief associées à des espaces boisés de petites superficies, une très faible densité de population et
de rares usages non agricoles », peut-on lire dans un document du ministère.
Cette définition correspond à une grande partie des terres centriçoises, selon Mme Bissonnette.
« Dans le Centre-du-Québec, on a de très, très belles terres. Un projet éolien dans notre région, ça enlèverait de la superficie agricole », a-t-elle soutenu.
Contactée pour une réaction, Hydro-Québec a notamment répondu qu’elle visait une « cohabitation harmonieuse » entre l’agriculture et la production d’énergie éolienne.
La société a qualifié de « très faible » l’impact d’un projet éolien en milieu agricole.
« Même dans l’hypothèse où l’ensemble des projets retenus nécessitaient des superficies en zone agricole, l’appel d’offres en cours pourrait représenter quelques centaines d’hectares tout au plus, alors que le territoire agricole québécois se mesure en millions d’hectares », a-t-elle défendu.
Concernant l’implantation d’éoliennes en zone dynamique, Hydro-Québec a rappelé que l’appel d’offres accorde « un avantage aux projets dont l’empreinte est limitée sur les terres agricoles de grande qualité », encourageant ainsi les promoteurs à « optimiser l’implantation de leurs projets et à réduire au maximum l’utilisation de ces superficies afin d’améliorer leurs chances d’être sélectionnés ».
Des normes inégales
L’UPA du Centre-du-Québec déplore également la quantité de paperasse que doivent remplir les producteurs agricoles.
« Il y a toujours une complexité qui s’ajoute d’année en année. Et les producteurs, ça fait plusieurs années qu’on dit qu’on est tannés de cette complexité-là dans laquelle on baigne chaque jour. Notre métier est vraiment de travailler avec nos animaux, dans nos champs […], mais il y a tout le temps de la paperasse et des normes qui s’ajoutent », a affirmé Mme Bissonnette.
L’organisation syndicale réclame donc une réduction de ce qu’elle perçoit comme étant une lourdeur administrative, qui augmente la charge mentale et financière pour les agriculteurs.
Mme Bissonnette a également souligné que les entreprises agricoles d’ici doivent se conformer à des normes qui ne sont pas imposées aux produits étrangers.
« Nous, on peut être contrôlés sur telle ou telle chose, mais on importe des aliments qui n’ont pas nécessairement les mêmes critères ».
Concernant ces produits étrangers, l’UPA est pour le maintien de la gestion de l’offre. Mme Bissonnette a affirmé souhaiter ne voir aucune concession sur ce plan de la part du gouvernement canadien.
Le député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel-Alnôbak, Louis Plamondon, la rejoint sur ce point, lui qui croit que la gestion de l’offre est justement menacée dans le contexte des négociations commerciales en cours avec les États-Unis.
En entrevue, il a expliqué que la gestion de l’offre protège non seulement les producteurs agricoles d’ici, mais aussi l’économie canadienne.
« Leurs surplus, aux États-Unis, sont plus grands que tout ce qu’on produit au Canada. Donc, si on les laisse entrer, ils vont casser les prix. Le lait ne coûtera pas cher pendant une année et après, ils vont avoir le contrôle des prix, parce qu’ils vont inonder le Canada à longueur d’année », a-t-il affirmé.
Le cabinet de Dominic LeBlanc, entre autres ministres responsable du Commerce Canada–États-Unis, a répondu en faisant référence à des propos tenus par M. LeBlanc depuis Washington le 19 août.
« Je pense qu’il est important de préciser que la gestion de l’offre reste intacte. Il était essentiel de protéger ce système. Il sera manifestement préservé dans les textes que nous sommes en train de finaliser. Je ne doute pas un instant que les producteurs laitiers seront bien protégés ; nous avons maintenu notre position ferme sur la gestion de l’offre et j’ai confiance en cela », avait alors assuré le ministre.
Cette réponse a été fournie à VIA 90.5 avant l’échec des négociations avec les Américains le 21 août et le début de la guerre tarifaire actuelle.
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Un texte de Jasper Bleho-Levacher – Initiative de journalisme local, VIA 90.5 FM