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Enjeux électoraux | Éducation : violence, complexification et manque de temps

Enjeux électoraux | Éducation : violence, complexification et manque de temps

28 août 2026 à 8:58

En vue des élections et de bien comprendre les enjeux de la région, VIA 90.5 s’est penché sur quatre thèmes importants : l’éducation, la santé (5 septembre), le transport (12 septembre) et l’agriculture (19 septembre).

Voici le dossier Éducation.

Dans les écoles de la région, les syndicats représentant le personnel scolaire rapportent une complexification grandissante des besoins des élèves et, en parallèle, une augmentation de la violence à leur égard.

Un total de 169 rapports ont été remplis en 2025-2026 contre 175 en 2024-2025 et 212 en 2023-2024 dans les écoles du Centre de services scolaire (CSS) de la Riveraine, qui se trouvent sur les territoires de la MRC de Bécancour et de Nicolet-Yamaska.

Selon la présidente du Syndicat du soutien scolaire de la Riveraine (SSSLR-CSQ), Marie-Pierre Jutras, ces chiffres ne représentent toutefois pas la réalité sur le terrain.

« La violence, ce qu’on entend des gens, c’est qu’elle est plus présente », a-t-elle fait savoir.

Selon Mme Jutras, l’écart entre ce que le Syndicat a observé et les chiffres du CSS de la Riveraine s’expliquerait par le fait que plusieurs incidents ne sont pas déclarés.

Un sondage, mené par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) de la province de janvier à avril dernier, avait trouvé qu’une faible proportion des membres, soit 16 %, remplissaient les rapports d’incidents de manière systématique.

De plus, près de deux répondants sur cinq ne rempliraient ces rapports qu’à l’occasion.

L’étude était basée sur les réponses de 66 membres travaillant au sein du CSS de la Riveraine. Selon les résultats, 49 % des membres ont subi de la violence en 2025-2026.

En entrevue, la directrice générale du CSS de la Riveraine, Isabelle Caya, a reconnu que la violence est un enjeu dans les écoles.

« Dans notre système québécois, c’est quelque chose qu’on voit de plus en plus, il ne faut pas se mettre d’œillères. C’est une situation qu’on prend grandement au sérieux ».

Elle a ajouté que si la violence a progressé dans les dernières années, on la documentait mieux, aussi.

Des besoins toujours plus complexes

Avant d’être présidente de son syndicat, Mme Jutras a travaillé comme technicienne en éducation spécialisée (TES) pendant près de 20 ans.

« Quand j’ai commencé en 2004, je travaillais avec un élève. Maintenant, la réalité est qu’on travaille dans une classe  il peut y avoir des plans d’intervention à la hauteur du tiers de la classe. Ça peut représenter une dizaine d’élèves », a-t-elle illustré.

De plus, le personnel de soutien fait face à des situations plus complexes qu’auparavant, nécessitant plus souvent l’intervention d’autres instances, comme la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ou Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec-Universitaire.

« Ce sont des cas qui sont de plus en plus […] difficiles à gérer. Dans certaines écoles, qui ont beaucoup de classes d’adaptation scolaire, la violence est au quotidien », a ajouté la présidente du SSSLR-CSQ.

VIA 90.5 a parlé à une TES, Roxanne Provencher, qui travaille dans la région depuis neuf ans. Elle a déploré que certaines écoles ne soient pas adéquatement équipées pour faire face à ces enjeux.

« Souvent, dans les écoles  ils en ont connu davantage, ils se sont équipés, donc ils ont […] de meilleurs outils pour gérer cette violence-là. Dans les écoles où […] d’habitude il n’y en a peut-être pas ou peu, on n’est pas équipés du tout », a-t-elle déploré.

Elle préconise donc d’agir davantage de manière préventive dans toutes les écoles du secteur.

Par courriel, le CSS de la Riveraine a écrit que la prévention était l’approche privilégiée au sein de l’organisation.

« Un panier de services est offert à l’ensemble des établissements et un niveau minimal de soutien est assuré dans toutes les écoles, avec des interventions additionnelles déployées selon les besoins des milieux », a ajouté le Centre de services scolaire de la région.

Quelques pistes de solutions

Mme Jutras a affirmé qu’elle sentait « un bon vouloir » de la part du CSS de la Riveraine quant à l’enjeu de la violence.

Elle a également souligné que certaines décisions sont prises par le ministère de l’Éducation et non par le Centre de services scolaire.

« Je sens qu’on est capable de reconnaître qu’il y a une problématique. Mais l’impression que ça me donne, c’est qu’ils n’ont pas tant les moyens pour bien y répondre rapidement », a-t-elle avancé.

La direction du CSS de la Riveraine a reconnu que « les ressources disponibles représentent un défi pour l’ensemble du réseau de l’éducation », mais a affirmé que l’organisation demeurait engagée « à soutenir nos établissements afin de prévenir les situations de violence et d’intervenir efficacement lorsqu’elles surviennent ».

La présidente du Syndicat a aussi rappelé que c’est maintenant la troisième année que le SSSLR-CSQ et le CSS de la Riveraine ont un comité sur la santé et la sécurité au travail qu’ils gèrent ensemble de manière paritaire.

Ce comité a aussi engagé un responsable de la santé et de la sécurité au travail qui visite les écoles deux ou trois jours par semaine et fait part de ses recommandations.

Mme Jutras a précisé que ça prendra « quelques années » avant que le comité devienne réellement efficace, mais demeure optimiste.

« Je trouve ça quand même intéressant et positif, cette démarche-là, qui fait en sorte que c’est un travail d’équipe […] avec l’employeur ».

Le temps manque

La TES, Roxanne Provencher, a fait savoir qu’elle adore son travail, mais a tout de même identifié un point qui pourrait être amélioré.

Elle voudrait avoir plus de temps pour réfléchir et évaluer un cas donné afin d’identifier les interventions appropriées par rapport aux besoins de l’élève.

« On est souvent dans du éteindre des feux […] sans nécessairement avoir le temps de réfléchir à ce qui serait optimal de faire », a-t-elle estimé.

Selon Mme Jutras, les TES auraient entre une et deux heures par semaine dédiées aux tâches de préparation et de concertation, temps qu’elle juge insuffisant et inadapté aux réalités actuelles.

Mme Jutras a fait savoir que le SSSLR-CSQ était en pourparlers avec le CSS de la Riveraine et que c’était l’un des points, dont ils traitaient.

Le CSS de la Riveraine a confirmé que « des discussions sont effectivement en cours entre les parties afin de revoir les balises actuellement en vigueur ».

Dan les derniers jours, VIA 90.5 rapportait que le plan des effectifs pour la prochaine année scolaire du CSS de la Riveraineprévoyait une diminution de plusieurs centaines d’heures attribuées aux TES.

Le Centre de services scolaire de la région avait assuré que « cette diminution ne signifie toutefois pas que les élèves recevront nécessairement moins de services ou moins d’encadrement ».

Mais ce qui inquiète le SSSLR-CSQ, c’est que ce changement ne corresponde pas à une baisse dans les besoins des élèves, mais plutôt à une augmentation de la charge de travail des TES.

Le CSS de la Riveraine a mentionné que « les services offerts aux élèves sont ajustés en fonction de l’évolution de la clientèle et de leurs besoins » et a précisé que, depuis l’adoption du plan des effectifs, l’équivalent de 3,83 postes supplémentaires avaient été ajoutés.

« Le CSS demeure attentif aux besoins des élèves ainsi qu’à la réalité vécue dans les établissements et procède aux ajustements nécessaires lorsque la situation le requiert », a écrit l’organisation.

Les enseignants, également victimes de violence

Les TES sont régulièrement les premiers à écoper lorsqu’il s’agit de violence dans les écoles. Certes, les enseignants peuvent aussi en être les victimes.

Tout comme Mme Jutras, le président du Syndicat des enseignantes et enseignants de la Riveraine (SELR-CSQ), Jean-François Duval, s’est dit sceptique face au nombre de rapports reçus par la Direction.

Selon lui, les incidents de violence qui ne sont pas physiques sont sous-déclarés.

« Souvent, ce n’est pas juste une violence physique [mais bien] verbale et psychologique. Le jeune a beau avoir neuf ans, mais si c’est dix fois par jour, pendant 200 jours, ça finit quand même par provoquer chez l’enseignant un stress et à l’affecter », a-t-il expliqué.

D’après M. Duval, les enseignants ne remplissent pas souvent les rapports d’incident, parce que plusieurs d’entre eux ne sont pas conscients qu’ils peuvent le faire. Mais leur sollicitude envers leurs élèves serait aussi une raison.

« Quand on dit que les enseignants ont la vocation et qu’ils essaient de les comprendre et de les aider, c’est vrai. […] Ils ne se priorisent pas. Ils vont toujours prioriser les enfants, parce qu’ils sont dévoués ».

La pénurie d’enseignants se fait sentir

Le CSS de la Riveraine s’est retrouvé dans une situation similaire à l’an dernier alors que l’organisation a dû pourvoir des dizaines de postes dans les dernières semaines avant la rentrée des classes.

Il manquait 33 enseignants au 10 août, contre 39 l’an dernier, selon le tableau de bord du ministère de l’Éducation.

Depuis, la situation s’est améliorée. Selon les derniers chiffres du ministère en date du 28 août, il reste trois postes d’enseignant à pourvoir au CSS de la Riveraine.

M. Duval du Syndicat des enseignants n’est pas tout à fait rassuré, cependant.

Nuançant ses propos en affirmant qu’il comprenait que la situation était difficile, il a estimé que le Centre de services scolaire de la région engageait les enseignants trop rapidement. Plusieurs d’entre eux ne seraient donc pas légalement qualifiés.

Dans le système d’éducation québécois, il n’est pas rare de trouver des enseignants sans autorisation d’enseigner (AE). Il y en avait près de 8 400 en formation générale des jeunes au 13 avril, les derniers chiffres disponibles sur le tableau de bord du ministère de l’Éducation.

Trente-six d’entre eux travaillaient au CSS de la Riveraine.

M. Duval croit que cette situation sera un grand enjeu dans les prochaines années, surtout dans les écoles secondaires.

Il a mentionné qu’il y a aussi beaucoup d’enseignants qui ont un diplôme en enseignement, mais qui ne sont pas formés dans la matière spécifique qu’ils enseignent.

Selon lui, les pénuries se situeraient surtout en français, en anglais, en adaptation scolaire et en mathématiques.

Le CSS de la Riveraine a rappelé que la pénurie affecte l’ensemble du Québec et a expliqué qu’il pouvait être nécessaire d’embaucher des enseignants sans AE.

« Le CSS privilégie toujours l’embauche d’enseignants légalement qualifiés et répondant aux exigences et lois en vigueur. Toutefois, lorsque le bassin de candidats est limité dans certains secteurs, il est possible de faire appel à des enseignants qui démontrent les aptitudes requises ou qui ont développé une expertise par leur expérience. Ces décisions sont prises dans l’objectif de répondre aux besoins des élèves tout en assurant la meilleure qualité de service possible », a soutenu lorganisation.

Un enjeu important d’attractivité

La pénurie d’enseignants ne serait pas causée par des démissions, selon Mme Caya.

« On a un très bon taux de rétention. […] On a quelques retraites. Des départs, ce qu’on voit, c’est parfois une migration du personnel vers un autre centre de services qui est plus à proximité du domicile », a-t-elle affirmé.

M. Duval est d’accord qu’il n’y a pas beaucoup de démissions au sein du personnel enseignant du CSS de la Riveraine. Par contre, il a souligné que, dans les dernières années, il y en a tout de même plus qu’auparavant et qu’il y a aussi une augmentation des absences de courte durée.

Le CSS de la Riveraine a indiqué qu’il avait enregistré neuf démissions non liées à la retraite en 2025-2026, rappelant que cela représente un taux de démission de 1,9 %. Il y aurait eu huit départs similaires l’année précédente.

Quant aux absences de courte durée, le Centre de services scolaire de la région a parlé d’une situation « relativement stable » au cours des cinq dernières années.

« Le taux d’absentéisme a varié entre 2,2 % et 2,5 % durant cette période, et s’établissait à 2,4 % en 2025-2026 », a précisé l’organisation.

D’après le président du syndicat, l’enjeu principal serait cependant que le métier d’enseignant est moins attractif qu’auparavant, notamment en raison de la surcharge de travail et d’un manque de ressources pour les élèves en difficulté.

Le CSS de la Riveraine a notamment répondu qu’il misait sur les « approches collaboratives au sein des écoles », soulignant le fait qu’annuellement, « les services éducatifs offrent des formations et de l’accompagnement pour le personnel scolaire afin de les soutenir dans leur développement professionnel ».

L’organisation a souligné qu’il y a eu une augmentation, dans les sept dernières années, du nombre de postes octroyés au personnel de soutien et professionnel, ce qui contribue à soutenir le personnel enseignant dans son travail.

M. Duval a également mentionné que le CSS de la Riverainerefuse les congés d’un an sans solde, ainsi que la « grande majorité » des demandes de réduction de tâches.

Il a décrit la situation comme étant un cercle vicieux.

« On est en pénurie, donc on essaie qu’il y ait moins de professeurs en congé […], mais moi j’ai l’impression que ça a l’effet inverse. C’est qu’il y a plus d’enseignants qui tombent en maladie et il y en a plus qui démissionnent parce que c’est refusé. Ce n’est pas en coupant dans les conditions de travail que tu vas régler la pénurie de main-d’œuvre », a-t-il soutenu.

Le CSS de la Riveraine a affirmé qu’il « n’a pas modifié ses pratiques de façon significative au cours des dernières années ». Pour les demandes de congés sans solde spécifiquement, « chaque demande est évaluée en tenant compte des motifs invoqués ».

L’organisation a aussi rappelé la situation dans laquelle se trouve le réseau de l’éducation au Québec.

« Dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre […], le CSS doit constamment rechercher un équilibre entre les besoins organisationnels, les demandes individuelles du personnel et son obligation d’offrir des services éducatifs de qualité aux élèves ».

Un texte de Jasper Bleho-Levacher – Initiative de journalisme local, VIA 90.5 FM