Le visage du bénévolat a beaucoup changé dans les dernières années
Le visage du bénévolat a beaucoup changé dans les dernières années
Depuis un moment, les bénévoles dans la région sont moins disponibles qu’auparavant, tandis que la demande pour leurs services est en hausse.
C’est ce qu’ont constaté les directrices générales des Centres d’action bénévole de la MRC de Bécancour (CABB) et de Nicolet (CABN).
Celle du CABB, Sonia Lauzon, a estimé que « le visage du bénévolat a changé » depuis la pandémie COVID-19.
« Le fait d’avoir été obligés de prendre un moment pour s’arrêter a permis à certains de nos bénévoles d’identifier que : “Ah, j’aime ça, finalement, passer du temps chez nous et offrir du temps à ma famille”. »
La directrice générale du CABN, Isabelle Bombardier, a remarqué la même chose. Après la pandémie, l’organisme a perdu certains bénévoles. Ceux qui continuent de s’y impliquer « sont de plus en plus occupés », selon elle.
La majorité des bénévoles des deux centres sont à l’âge de la retraite.
La demande et le coût de la vie en hausse
Cette baisse d’engagement est accompagnée d’un accroissement des besoins de la clientèle, selon Mme Bombardier.
« On entend de plus en plus parler que c’est difficile, que les temps ne sont pas faciles pour le portefeuille. Donc, on a de plus en plus de demandes de gens qui n’avaient pas besoin de nos services auparavant », a souligné la directrice générale du CABN.
Dans les deux dernières années, le CABN a noté que le nombre de personnes ayant recours à leurs services approche ce que l’organisme observait pendant la pandémie.
Lors de l’année financière 2020-2021, le CABN a compté 891 utilisateurs. Après deux années avec moins de demandes, l’organisme sert à nouveau plus de 800 personnes : 872 en 2024-2025 et 866 en 2025-2026.
Par courriel, la directrice adjointe du CABN, Angéline Le Sage, a ajouté que « ce qui est plus criant que le nombre d’utilisateurs c’est surtout la complexification des demandes : problèmes cognitifs, problème de santé mentale, problèmes financiers, isolement, enjeux de logement, etc. ».
Mme Le Sage a lié ces changements observés au coût de la vie.
« Ce sont des enjeux complexes et multifactoriels, a-t-elle admis. Je ne veux pas simplifier à outrance, mais selon nous, c’est clair que le contexte socio-économique à la suite de la pandémie, mais surtout depuis deux ans, a un impact et à plusieurs niveaux. »
Ce contexte socio-économique aurait aussi une incidence sur la disponibilité des bénévoles, selon elle.
« [Par exemple,] quelqu’un qui doit choisir entre donner du temps comme bénévole ou aller travailler à temps partiel : s’il n’a pas d’enjeux financiers, il y a de bonnes chances qu’il choisisse du bénévolat qui l’intéresse. Mais si ce dernier a de la difficulté à joindre les deux bouts, il va probablement choisir le travail. C’est tout à fait normal », a-t-elle expliqué.
Mme Lauzon a également noté cette augmentation au CABB.
« Tout coûte plus cher […] et on voit vraiment, dans la dernière année, un impact considérable [sur la demande pour les services bénévoles]. »
Le CABB a aidé 1 355 personnes pendant l’année financière 2025-2026, contre 1 161 en 2024-2025. Mme Lauzon a aussi constaté une augmentation parmi les bénéficiaires de la régularité de leur recours aux services de l’organisme.
Pas assez de bénévoles
Mme Bombardier a mentionné que le recrutement est difficile « tous les mois de l’année ». Cent cinquante et un bénévoles ont aidé le CABN pendant l’année financière 2025-2026.
Dans la MRC de Bécancour, Mme Lauzon a indiqué que le CABB est « chanceux » cette année et que plusieurs nouvelles personnes veulent s’impliquer. Ils peuvent compter sur l’aide de 178 bénévoles cette année.
Les deux organismes, toutefois, manquent de bénévoles pour certains services.
À Nicolet, les deux services les plus concernés sont l’accompagnement-transport pour les rendez-vous médicaux et juridiques, ainsi que la déclaration des revenus à la période des impôts.
Dans le cas de l’accompagnement-transport, le CABN doit refuser des demandes « chaque semaine », soutient Mme Bombardier.
« Ça crée beaucoup de frustration chez les utilisateurs et dans notre équipe, parce qu’on est là pour aider les gens. On veut aider le plus possible, mais malheureusement on manque de ressources pour le faire », a-t-elle confié.
Au CABB, la problématique se situe plutôt sur le plan des dîners communautaires. L’organisme offre ces repas dans onze municipalités de la MRC de Bécancour, mais manque de bénévoles à Manseau, à Sainte-Françoise et à Sainte-Sophie-de-Lévrard.
Mme Lauzon a précisé que l’organisme en est à faire des « publicités ciblées pour ces trois lieux » et que, septembre venu, l’employée responsable du service tentera de recruter parmi les participants.
Mme Bombardier a mentionné que son organisme doit parfois mettre le recrutement de bénévoles « de côté » en raison d’un manque de temps et de ressources.
Le CABN, qui participe au mouvement Le communautaire à boutte !, a revendiqué donc le financement nécessaire afin d’embaucher une personne dédiée au recrutement et à la formation des bénévoles.
« Ça aiderait des centaines de personnes sur notre territoire », a affirmé Mme Bombardier.
Un texte de Jasper Bleho-Levacher – Initiative de journalisme local, VIA 90.5 FM